documentation existante

On distingue plusieurs sources documentaires.

1. Les documents locaux :
Très peu se trouvent encore sur place. Il s’agit de possessions privées ou bien archivées dans les zaouïas et les mosquées. Ces documents lorsqu’ils n’ont pas été pillés se trouvent dans un état de conservation critique. D’une part, les populations locales n’ont pas su préserver la richesse de ce patrimoine historique des convoitises de certains. D’autre part, le peu de documents qui restent est fortement dégradé et par les effets du temps et par l’ignorance des techniques de conservation.

2. Les récits de grands voyageurs :
Parmi les plus prestigieux, on cite Jean Léon L’AFRICAIN (1488-1550) mais également, plus récemment, Jakob SCHAUDT, Gérard ROHLFS ou Isabelle EBERHARDT.Jakob SCHAUDT en particulier fut le deuxième européen à avoir visité Figuig (après Gérard ROHLFS). Il a visité la région, qu’il surnomme les parties orientales du pays des Beraber , en 1880-1882. De ce périple qui lui fit traverser Figuig mais aussi Ain Chair et Bouanane, quelques informations de ses notes de voyage sur la vie oasienne sont intéressantes : le qsar Zenaga de Figuig possède de beaux jardins assez bien entretenus avec des orangers, des citronniers, des grenadiers, des figuiers et des pêchers, au dessus desquels les hauts palmiers étalent leurs couronnes, rendent l’isolement facile au voyageur étranger, Ain Chair est un grand ksar situé à l’extrémité occidentale de la plaine de Tamlelt, à l’ouest de Figuig, sur la route de cette oasis à l’oued Guir par l’oued Zelmou. En réalité, il comprend dans une même enceinte deux ksars séparés par un large espace dépourvu de constructions, ce sont au sud, ksar El Kebir et au nord ouest, ksar Ouih’lal. Enfin, Bouanane est une petite oasis arrosée par un petit cours d’eau. Isabelle EBERHARDT est également entrée dans l’oasis de Figuig au début du XXe siècle. Aventurière et journaliste, elle a pu vivre dans les oasis du sud oranais en se faisant passer pour un homme, Mahmoud SAADI. Cette situation particulière lui a permis de vivre l’avancée de la colonisation du côté des populations du désert.

3. La cartographie historique européenne :
Elle est très prolifique et renseigne sur la position des oasis dans l’imaginaire européen. Plusieurs planches peuvent être citées, parmi elles:- la planche du Maroc dans le coste di barbaria du nouvel atlas de CASSINI (1792/1801), Figuig et Bouanane sont mentionnés comme appartenant à la région du Tafilet, le pays des dattes et des berbères;- Les états du Maghreb occidental dans la carte Barbariae et Biledulgerid . Nova descriptio de l’atlas d’ORTELIUS (1573), Figuig et Abouinam se trouvent pris entre Barbaria et Biledulgerid;- le sultanat alaouite dans une carte anonyme de l’Empire du Maroc ( 1859), le pays de Figuig est individualisé à l’est des pays de Tafilete; - L’Empire du Maroc dans la carte de la lithographie madrilène de FERNANDEZ (19e siècle), Figuig et Ich appartiennent au pays des Chérifs dans le désert marocain opposé à la région dite du Maroc vers l’Atlantique et à celui de Fès.

4. Les archives de l’armée française ou de l’administration coloniale :
La géographie était alors perçue à la fois comme un discours « objectif et scientifique» par ses méthodes, mais qui avait vocation à être appliquée au profit de la colonisation. Lyautey tenait en grande estime les pionniers qui avaient préparé par leurs explorations la mise en place effective de la colonisation.
« Dans tous les postes qu’il occupe il accueille à bras ouverts les explorateurs, les savants chargés d’une mission de recherche.(...). Il se plaît à répéter qu’ils font une besogne dont l’intérêt pratique n’est pas inférieur à celui de l’armée ou de l’administration: il trouvera tout indiqué à Madagascar que le géographe Emile Félix GAUTHIER soit mis à la tête d’une colonne et au Maroc, il décorera devant le front des troupes le géologue Louis GENTIL ».

HARDY, 1949. Portrait de Lyautey, Existence du Monde, Editions Blond et Gay.

LYAUTEY a d’ailleurs été commandant de la subdivision d’Ain Sefra à partir de 1903 avant d’être plus tard résident général du Maroc. La recherche sur cette partie du Sahara a donc été encouragée à chaque fois qu’il a été possible de le faire.Ces archives sont denses qu’ils proviennent de l’une ou l’autre des administrations. Notamment, certains militaires prirent l’initiative de faire des recherches sur les sociétés qu’ils côtoyaient, leurs modes de vie, leurs pratiques. La disponibilité des documents est disparate selon les oasis. Pour Ich, Ain Chair et Bouânane, il existe surtout des archives militaires. Figuig semble être l’oasis qui a le plus inspiré car en plus des relations militaires expliquant la situation politique de cette région aux 19e et début du 20e siècle, de nombreuses études sur la société, l’économie et la culture ont été menés.L’étude de ces documents montre que l’enclavement auquel doivent faire face les oasis de la province de Figuig sont le résultat d’un long processus de restructuration de l’espace marocain mais aussi algérien.