Organisation traditionnelle des ksour de Figuig

 

 L'organisation traditionnelle des Ksour est liée aussi bien aux facteurs socio- économiques et à l'instabilité politique, qu'aux conditions climatiques. La lecture de la structure spatiale du qsar , de son unité élémentaire - la maison - et des équipements structurants permettant de comprendre cette organisation traditionnelle.

 Les remparts :
L'espace des qsour est clairement délimité par un mur d'enceinte. Celui-ci se présentait sous forme d'un épais rempart d'argile, d'une hauteur qui peut atteindre jusqu'à sept mètres et flanqué de distance en distance de tours de guet, qui sont des sortes de cylindres de 10 à 20 mètres de hauteur et d'un diamètre de 3 à 4 mètres. Dans certains cas l'enceinte est constituée alternativement par un mur et par des maisons- rempart : ces maisons sont hautes, serrées les unes contre les autres et sans accès extérieur, leur façade formant ainsi une enceinte. La continuité du rempart n'est interrompue que par les portes dont le nombre par qsar dépend de son importance et surtout du degré de la cohésion entre les groupes qui le constituent. Chaque qsar comporte au minimum deux portes : l'une fait communiquer le qsar avec sa palmeraie et l'autre avec les autres ksour et avec l'extérieur de l'oasis.

Les portes :
L'accès au qsar se fait par le biais de portes percées dans les remparts. Chaque qsar est doté d'au moins deux portes qui permettent d'une part sa transition avec la palmeraie et les autres ksour, et qui constituent, d'autre part, l'aboutissement des routes extérieures vers le qsar.

Les rues :
Dans la structure compacte du qsar, les rues occupent un espace restreint. La hiérarchisation du réseau viaire ne se reflète pas sur le dimensionnement des voies : la largeur des voies principales n'atteint qu'exceptionnellement 3,5 m ; il s'agit des voies qui mènent d'une porte à l'autre du qsar en passant par les places et sur lesquelles sont branchées les ruelles qui desservent les quartiers et les impasses desservant les maisons.
Cette "homogénéisation " des dimensions, peut s'expliquer, d'un point de vue technique, par le fait que les rues sont souvent couvertes, ce qui impose une certaine largeur des surfaces couvertes, dépendant principalement de la contrainte des matériaux de construction (bois de palmiers) et des techniques de franchissement pratiqué.
• Les rues du qsar se caractérisent également par l'irrégularité de leur tracé, ce qui confère à la structure du qsar une certaine forme "labyrinthique". Cette irrégularité peut être lue comme étant le résultat du mode de regroupement des habitations, faisant que des voies continues enveloppent ces groupements.
• Au sein des ksour, les rues sont très souvent couvertes (rues à Sabas). Cette couverture résulte de l'occupation de la partie supérieure de l'espace de la rue par un dépassement des maisons mitoyennes au niveau de l'étage. Cette occupation est dans certains cas alternée par des vides, ce qui crée des effets de "claire/obscur" au niveau de l'espace de fa rue. Au niveau de la fonctionnalité, les rues des ksour peuvent être hiérarchisées selon les trois niveaux classiques :

  • Rues principales
  • Rues secondaires
  • Et rues tertiaires ou impasses.

Les rues principales, en plus de leur fonction de distribution spatiale, remplissent aussi dans certains cas, une fonction commerciale.

Les places :
D'une façon générale, dans les ksour, les places sont rares et de petites dimensions. Chaque qsar a une ou plusieurs places où se concentrent les bâtiments d'intérêt collectif; la mosquée et ses dépendances, le siège de la Jmaâ, une ou plusieurs Zaouïas, mais rares de puits collectifs.
Dans certains ksour, notamment ; Loudaghir, El Maïz et Zenaga, la place constituait aussi un lieu de concentration des activités commerciales. Le rôle de distribution spatiale des places, n'est évident que dans le cas de Zenaga : à partir de « Lajmaât » se diffusent les principaux axes traversant le qsar . Les places qui servaient jadis de foires, de lieux de rencontres des caravanes ou de lieu de rassemblements importants, sont rejetées à l'extérieur du rempart à la proximité immédiate des portes.

La disposition des quartiers :
La structure ramassée du qsar et la délimitation de son espace par les remparts ne lui confèrent qu'une unité apparente. Il est en réalité, organisé selon des principes segmentaires, et formé d'unités juxtaposées : la structure lignagère de la société oasienne, ainsi que sa division ethnique et religieuse se projettent dans l'espace habité et déterminent, en partie, son organisation.
Les quartiers prennent le nom de Aghir suivi du nom du lignage qui y habite ou qui y est majoritaire ; ils se présentent sous forme d'îlots compacts, séparés les uns des autres par des rues, et irrigués par des impasses. Les maisons sont distribuées de part et d'autre des impasses qui étaient souvent pourvues de portes fermées la nuit.
En plus des 7 qsour actuels, il y avait aussi le qsar de beni ounif, celui des oulad sidi Abdelouafi situé entre les qsour loudaghir et laabidate, celui de tar’la (au sud est de figuig, en territoire algérien), celui des beni arroun (loudaghir) et celui d’el meharza (absorbe par loudaghir et oulad slimane). les qsour de tar’la et de beni ounif representaient environ 200 personnes en 1845.
les traditions concernant la fondation de beni ounif sont nombreuses, les deux principales sont les suivantes :
ce qsar aurait été fondé par la famille bourras du qsar zenaga afin d’y loger sa main d’œuvre agricole et ses esclaves et leur éviter les deplacements inutiles incessants entre les deux qsour. le Capitaine GENDRE appuie cette version dans son etude (la region des ksour du sud oranais, 1909) : « avant notre arrivée, beni ounif n’etait qu’un petit ksar d’une vingtaine de maisons, entre deux fosses a sec, à coté d’un jardin de 10 000 palmiers appartenant aux gens de zenaga. »

El HACHEMI ben Mohammed rapporte une autre version (traditions, legendes, poèmes sur Figuig, 1906) : « Au IVe siècle arriva dans la région un cherif nommé Ahmed venant des montagnes des beni snassen. a ce moment, le lit d’oued occupe actuellement par la palmeraie ne représentait que quelques betoums et quelques palmiers. le cherif envoya ses negresses chercher de l’eau. Elles furent rencontrées par des chasseurs venus des habitations du col de zenaga et capturees. le marabout les cherchant et suivant leurs traces arriva au col. les habitants lui firent bon accueil, lui rendirent ses negresses et le prierent de se fixer dans l’oued ou il s’etait arrete. il accepta mais voulu payer le terrain. on le lui vendit 6 oudjou, somme insignifiante qui fit donner a ce terrain le nom de « pays trouve », noufet dans la langue du pays, d’ou par corruption on fit ounif »