activités économiques

 Les activités agricoles :

Actuellement Figuig est marquée par une prédominance de l'agriculture qui s'étend sur 650 ha. On dénombre près de 190.000 palmiers. Préserver ce patrimoine constitue la pierre angulaire pour garantir la pérennité de la ville même. Des espèces spécifiques à la région produisent des dattes de qualité supérieure (aziza, boufaqqouss par exemple).
Les cultures dans la palmeraie traditionnelle se font sur trois étages permettant une utilisation rationnelle des parcelles généralement petites : les palmiers protègent les arbres fruitiers (grenadiers, amandiers, orangers....) sous lesquels poussent les légumes. Les départs d'habitants vers les grandes villes marocaines ou vers l'Europe ajoutés aux problèmes d'héritage se traduisent souvent par l'abandon de la culture dans de nombreuses parcelles.
Dans les nouvelles zones agricoles (Berkoukès, El Arja), priorité est donnée la culture des palmiers et des arbres fruitiers. Durant ces dernières années, de nouvelles cultures ont été introduites telles que les oliviers. Depuis quelques années, les agriculteurs ont mis en oeuvre une politique d'utilisation raisonnée de l'eau dans l'agriculture, par le biais du goutte à goutte. Une expérimentation est en cours avec l'utilisation de sondes tensiométriques mesurant le degré d'humidité du sol, qui pourrait permettre de réaliser à long terme une économie substantielle d'eau.
Bien que l'agriculture et l'élevage à Figuig enregistrent des rendements faibles, ces activités demeurent vitales pour le maintien de l'oasis, y compris de l'équilibre social et culturel de la population. En effet, l'intérêt de l'activité agricole ne se mesure pas seulement en terme de revenus monétaires; mais surtout en terme de rendement social et culturel.

L’agriculture oasienne :

1. Céréaliculture :

La céréaliculture qui dépend totalement des aléas climatiques, est pratiquée en majorité dans la zone bour, ce qui est révélateur d’une tendance à la sédentarisation. En effet, les agriculteurs accèdent à la terre, soit par des transactions sur les droits de jouissance devant être approuvées par la «jemaâ», soit par la mise en culture des terres collectives accordée par les nouabs.
Cette spéculation assure la sécurité alimentaire des foyers. Cependant, elle a des effets négatifs et dévastateurs sur les ressources végétales et édaphiques via le défrichement.
Les principales céréales sont l’orge, le blé tendre et le blé dur qui occupent respectivement 2654 ha dont 60 irrigués, 660 ha, et 640 ha dont 15 irrigués, avec des rendements moyens respectifs de 7,8 et 6 /ha.

2. L’arboriculture :

- Le palmier dattier :
Dans la zone d’action de la DPA de Figuig, le palmier dattier occupe une place importante avec 80% des effectifs des arbres fruitiers, sur une superficie de 685 ha. Le nombre de pieds est de l’ordre de 120 000, dont 110 000 palmiers productifs (femelles), le reste palmiers mâles produisant le Bouture pour les palmiers femelles; ces dernières sont répartis sur 14 variétés, dont Aziza et Assiane, … donnant des dattes de bonne qualité, viennent en tête.
Les densités des plantations varient selon les exploitations agricoles. En effet, la densité moyenne est estimée à 225 pieds/ha dans l’ancienne palmeraie, qui n’obéit à aucune norme agronomique d’écartement, alors que la densité moyenne au niveau des nouvelles zones d’extension est estimée à 180 pieds/ha.

- L’olivier :
Il vient en deuxième lieu après le palmier dattier, avec environ 49 500 pieds dont 5 000 pieds de variété Dahbia et 44 500 pieds de variété Picholine Marocaine, soit une superficie totale de 200 ha. La densité des plantations varie selon les régions et les exploitations, elle est estimée à 247 pieds/ ha. La majorité des oliviers productifs (environ 60%) sont plantés dans l’oasis de Figuig.
Le rendement moyen est de 15 kg/pied soit une production de 264 tonnes d’olives. Cette production est destinée à l’extraction de l’huile.

- Cultures maraîchères et fourragères :
La commercialisation des cultures maraîchères est peu pratiquée par la quasi-totalité des unités de production. La part destinée à la commercialisation au niveau des souks hebdomadaires locaux ne dépasse guère 25% de la production totale.
L’organisation du finage est la même pour chaque qsar. Ils sont divisés en secteurs, quartiers et parcelles pour permettre une rationalisation de la distribution des tours d’eau et éviter ainsi les pertes dans le réseau ramifié des séguias. Un secteur regroupe des parcelles appartenant à une même aire géographique. A l’intérieur du secteur, la division en quartiers a longtemps correspondu à la structure lignagère des qsour , c’est de moins en moins le cas. Enfin, la parcelle est la plus petite subdivision, l’unité technique et la cellule de base de production.
Le palmier, l’eau et le système traditionnel d’irrigation constituent le fil constructeur de l’architecture oasienne, participant à l’édification du modèle paysager local.
Outre l’extrême parcellisation de la terre, la structure foncière est caractérisée par la dispersion géographique de la propriété. Le propriétaire a rarement une parcelle d’un seul tenant, le plus souvent, il en possède deux ou trois éparpillées dans le finage, héritages patrimoniaux au gré des alliances contractées, ce qui rend leur exploitation d’autant plus pénible. A Figuig, les propriétaires d’une seule parcelle sont minoritaires et ne représentent que 22.5%.
A partir du tableau 5, les trois caractéristiques des structures foncières oasiennes sont rapidement visibles:
- leur morcellement,
- la faible taille des exploitations agricoles,
- leur dispersion géographique.
A Figuig, au niveau de l’ancienne palmeraie, 65% des exploitations ont des superficies inférieures à 2000 m² alors que six seulement ont plus d’un ha. Les propriétaires d’une seule parcelle sont minoritaires à Figuig, ils représentent seulement 22,5% de l’ensemble des propriétaires.
Toujours à Figuig, les espaces agricoles du qsar Laabidate est pour partie dans un état de friche avancé alors que ceux de Zenaga et des deux Hammams sont bien entretenus voir luxuriants. Pour El Maîz, Loudaghir et Ouled Slimane, la situation est contrastée avec certains quartiers totalement en ruines et d’autres vivifiés.
En partant de la situation dans cette oasis, on distingue plusieurs cas de figure:
- l’abandon pur et simple,
- la dés-intensification ou l’extensification,
- l’intensification,
- l’extension de la surface irriguée.
- Les cultures :

Le système de production est extrêmement dépendant de l’eau d’irrigation. Quand l’eau nécessaire est disponible, la culture des parcelles est d’une grande intensité et l’élevage y est associé.
L’exploitation idéale comprend trois étages de cultures. Quand l’eau ou la force de travail vient à manquer, c’est l’étage arboricole qui disparaît en premier, ensuite ce sont les produits maraîchers, les céréales, les fourrages et enfin les palmiers dattiers [Un arbre au sens botanique possède des tissus secondaires issus de méristémes secondaires; le plus visible de ces tissus secondaires est le bois, la matiére ligneuse. Le palmier-dattier ne développe pas ces tissus malgré son port arborescent. Surnommé « prince du monde végétal » par LINNE, Youssef NACIB fait remarquer que le mot arabe désignant le palmier, nakhla, a les mêmes racines que le mot nakhil signifiant chef, et nakhala, trier, choisir (et de là, l’élu). ]

A Figuig, un certain nombre de cultures étaient pratiquées bien avant la colonisation: la tomate, l’aubergine, la courgette, l’oignon, le navet, le raifort, la courge. De même, le grenadier, l’abricotier, le prunier, la vigne, l’olivier, le pommier constituaient les cultures arboricoles communes dans l’oasis.
A partir du Protectorat et de l’installation administrative de la France, de nombreuses cultures furent apportées, par les colons notamment, soucieux de valoriser et expérimenter les conditions naturelles locales. Les petits pois, haricots, laitues, pomme de terre, cardon, choux, choux fleur, concombre, persil, céleri, poiriers, cognassiers vinrent varier le menu de la population qui a accepté ces nouvelles cultures avec beaucoup de réticences. Depuis quelques décennies, par l’action des émigrés en grande partie, d’autres productions vinrent s’ajouter: le piment, la carotte, la fève, le melon, la pastèque.
190 000 pieds de palmiers sont dénombrés sur 650 ha et 26 000 oliviers sur 90 ha. De nombreuses espèces de palmiers (près d’une quarantaine) sont cultivées: Tgharass, ferroughen, Boufeqqouss, assian, Aziza nou Bouzid, taberchante... mais la variété qui semble être la spécialité de Figuig et avoir le plus de valeur est l’aziza. Le tableau 6 donne un aperçu de la distribution des surfaces cultivées par commune. Les cultures industrielles dont il est question sont constituées essentiellement d’oliveraies. Seule Bouanane est concernée puisque Figuig ne connaît que la culture traditionnelle de l’olivier (qui ne satisfait d’ailleurs même pas les besoins locaux avec trois pressoirs à olives et une production annuelle de 154 tonnes (moyenne 1995-98)).
L’une des premières productions à énoncer était la production agricole. On en distingue quatre types:
- les dattes,
- les céréales, surtout de l’orge et un peu de blé qui étaient ensemencés dans les maâders, terres situées hors de l’oasis,
- les produits maraîchers: oignons, navets, aulx, choux, potirons,…
- les arbres fruitiers: oliviers, figuiers, abricotiers, orangers, citronniers, grenadiers, pêchers,…
Sauf l’orge, les oasis tiraient la plupart de leurs grains de l’extérieur (ils les achetaient notamment aux nomades Haoura et Doui Menia, Beni Guil). En revanche, elles produisaient une grande quantité de légumes et certaines espèces de dattes qui passaient pour les meilleures.
Dans une description très avantageuse de Figuig au 15e siècle, Léon L’AFRICAIN nous dit:

« Ce sont trois châteaux au milieu du désert, près desquels il y a une très grande quantité de palmiers. Les femmes y tissent des étoffes de laines dans le genre des courtepointes de lit, mais si fines et si délicates qu’on dirait de la soie, et qui se vendent très cher dans les villes de Berbérie telles que Fès et Tlemcen. »

La fabrication de lainages semble avoir été la grande spécialité de Figuig et l’a été jusqu’au siècle dernier environ. DE LA MARTINIERE et LACROIX précisent qu’au début du XXème siècle, la laine était achetée aux nomades 1 franc la toison.
Un saint local Sidi Abdelkader Ben Mohamed ayant vécu à Figuig et Ich a d’ailleurs laissé cette phrase:

« Les heureux dans l’avenir seront ceux qui auront Tzadert et Tsadert »,

Tsadert étant l’instrument de fer servant à tendre la trame dans la fabrication des tissages et Tzadert, le nom de la source la plus importante de Figuig. Le personnage indique par cet adage que riche sera celui qui aura un jardin arrosé de l’eau de Tzaadert donc qui disposera d’eau en abondance et des femmes qui s’attelleront au travail artisanal.
Des qsour étaient renommés pour des productions particulières : le qsar Hammam Foukani fabriquait de la poterie, les qsour, Zenaga et El Maïz, produisaient des broderies de soie sur cuir renommées . [ Un artisan du qsar El Maïz a d’ailleurs exposé ses produits à l’exposition coloniale de Paris de 1930. Cela lui a permis de commercer quelques temps avec la France.]
Une production minière est attestée dans bon nombre de récits à plusieurs reprises. Dans la zone située entre Bouanane et Figuig, l’exploitation de plomb, antimoine et fer est signalée par Léon L’AFRICAIN. SCHAUDT dans sa relation de voyage au Maroc précise qu’à une heure au sud de Ain Chair, des mines sont exploitées. A Figuig même, l’industrie principale est l’orfèvrerie, le découpage des métaux et l’armurerie. Soit les produits étaient vendus aux caravanes qui passaient, soit ils étaient écoulés localement. Plusieurs études mentionnent que la communauté juive excellait dans le domaine du travail de l’or et de l’argent . [ La tradition orale prétend que le jbel El Maîz recèle des filons d’argent. Ceci a été confirmé par des études géologiques récentes qui cependant ne parlent que de traces.]Le domaine du travail des minerais leur était d’ailleurs réservé. Ils produisaient des bijoux, de l’outillage et des armes (couteaux, poignards,...).
- L‘élevage :
Figuig compte en 1994, 1 170 bovins, 4 570 ovins et 720 caprins. A titre comparatif, à Bouanane centre ont été comptés 220 bovins, 40 000 ovins et 20 000 caprin.