activités religieuses

 Les lieux de culte, cimetières:

Figuig compte vingt sept mosquées et 17 cimetières. L'existence de plusieurs synagogues et de cimetières témoigne de la présence antérieure d'une communauté juive à Figuig. Celle-ci a quitté la ville dans les années 60.
Les oasis sahariennes ont historiquement joué un grand rôle dans le développement des ordres religieux. Pour celles qui nous concernent, de nombreux ordres ont été représentés:
- la Taîbia (de Ouazzane au Hoggar et du Tafilalet aux Hauts Plateaux),
- la Kerzazia (le long de la vallée de la Zousfana),
- la Kadria (d’Abdelkader EL JILANI),
- la Ziania (rayonne de Kenadsa),
- la Derkaoua (rayonne de Mdaghra vers Zousfana et les Hauts plateaux),
- la Senoussia (du désert),
- la
Boucheikhia (d’El bayad Sidi Cheikh vers la Saoura en algérie),
- la Tidjania (de Ain Mahdi vers la Saoura),
- la Nasseria (du Drâa au Maroc).

Sans entrer dans les détails concernant ces zaouias, leur grande diversité et leur représentation à Ich, Figuig, Ain Chair et Bouânane montre bien l’existence de moyens de diffusion culturelle développés et une communication existante entre les cités sahariennes. En outre, ces confréries ont assuré un rôle de médiation et de conciliation entre les qsour ennemis.
Ces enseignements pouvaient regrouper jusqu’à 500 adeptes et se faisaient dans les zaouias.
Après le 13e siècle, les pèlerins ont embroché sur la route venant du Tafilalet et passant par Figuig un itinéraire vers l’Orient. Cette route deviendra une voie traditionnelle du pèlerinage jusqu’aux débuts du 20e siècle . [ Cette tradition s’est perdue avec le développement des moyens de transport. Un certain Ahmed ACHOUR du qsar Zenaga de l’oasis de Figuig aurait fait le pèlerinage à la Mecque dans les années 1920 à pied. Ce périple aurait duré trois ans. C’est probablement un des derniers oasiens à l’avoir fait dans ces conditions.]
A côté de ces écoles d’interprétation de la religion musulmane, un foisonnement culturel se développe avec des enseignements concernant aussi bien des domaines philosophiques que scientifiques (sur le rôle des plantes en médecine, les bienfaits des minéraux, la cosmologie, la cosmogonie, l’astronomie, les mathématiques...).
La zaouia Sidi Abdeljebbar du qsar El Maîz tenait une place importante. Son fondateur, SIDI Abdeljebbar fut grandement respecté pour sa sagesse. Ayant vécu au XVe siècle, il fit de nombreuses découvertes qui furent interprétées comme des miracles: découverte de la source d’El Maîz, découverte du sel du jbel El Mellah (au Nord de Figuig qui comme son nom l’indique contient du sel),... Sa grande connaissance en fit un éminent savant qui n’hésitait pas à se déplacer pour répondre aux invitations des centres culturels du Maghreb. La tradition dit : « qu’à chacun de ses voyages, il rapportait des caisses de livres qu’il entreposait dans sa bibliothèque appelée Dar El Ôudda[Ce qui signifie littéralement la Maison de l’équipement, des munitions. La légende dit que cette bibliothèque était à son époque l’une des plus vastes du Maroc à tel point que pour garder ses trésors, Sidi Abdeljebbar avait fait creuser des pièces en sous-sol. Depuis, la presque totalité des livres ont disparu de la zaouia et aujourd’hui, il n’en reste plus qu’une modeste armoire pleine de dossiers d’archives en piteux état.] . La zaouia entretenait d’ailleurs des liens culturels avec la Qaraouyine de Fès. De cette période, Léon L’AFRICAIN apporte un témoignage intéressant :

« Les hommes sont très intelligents [à Figuig]. Certains en effet s’adonnent au commerce dans la terre des Noirs, d’autres se rendent à Fès pour y étudier les lettres. Quand l’un d’eux a reçu les insignes du doctorat, il revient en Numidie et se fait prêtre ou prédicateur. Aussi tous ces gens sont-ils riches. »

En 1884, 1 500 étudiants étaient signalés à la zaouia Sidi abdeljebbar. Son influence fut telle qu’on n’hésita pas à appeler le qsar El Maîz, la petite Fès du fait de l’intense activité intellectuelle qui s’y déroulait. Ces étudiants venaient non seulement des différents centres du Maghreb mais également du reste du monde arabe. Des tombes d’étudiants égyptiens en sont le témoignage.
La comparaison avec Fès est remarquable et récurrente, peut être le signe d’une rivalité régionale.[Une légende dit que l’architecte, originaire du qsar El Maîz, qui aurait construit le mausolée de Sidi Abdeljebbar, serait celui même qui aurait construit le mausolée Moulay Idriss à Fès. On l’aurait amputé d’un bras pour éviter qu’il ne reproduise ses œuvres ailleurs.]

Enfin, le grand nombre de marabouts et saints locaux ne peut être passé sous silence, chaque oasis ayant ses propres saints. Quelquefois, un même saint pouvait être vénéré dans plusieurs oasis.
A Ich par exemple six koubbas rendent hommage à six saints: Sidi Bou Azza (enterré à Figuig entre les qsour El Maiz et Hammam Foukani), Sidi Mohammed Ben Abdelkader, Sidi Abdelkader Ben Jilali (entérré à Bagdad), Sidi Abdellah El Ghaib (venu de Bagdad), Sidi Mohammed Sfya, Sidi Ahmed ou Ali.
En plus de ces marabouts aux mausolées spatialement identifiables, il existe 8 ermitages dans lesquels il est d’usage de faire des processions, de faire des offrandes, de dire des prières lorsque le besoin s’en faisait sentir (demande de pluies, guérison de maladies, mariages,...): Sidi Ben Aissa, Sidi Ali ou ali, Sidi Said, Sidi Ali ou Said, Sidi Brahim, Sidi Cheikh, Sidi Abdesslam, Sidi Ali ou Brahim. Ces derniers sont difficilement identifiables géographiquement pour les personnes extérieures à la communauté Ichi car ils ne sont pas marqués visuellement.
L’ensemble des marabouts et des ermitages donnait à l’oasis une organisation difficilement visible à qui n’était pas initié et pourtant influait beaucoup sur la gestion et les pratiques spatiales et les modes d’organisation de chaque quartier.
Les édifices sacrés constituent aujourd’hui encore un ensemble de points qui forme une sorte de grille socio-religieuse reliant les quartiers entre eux. Celle-ci est l’identité de la ville et lui sert de références. Même si les rituels liés au symbolisme religieux et au surnaturel semblent tomber peu à peu en désuétude, on observe que la perception du monde sous-entendue dans ces pratiques subsiste et même qu’elle donne lieu à des modernisations et transformations qu’il serait intéressant d’étudier dans un autre projet de recherche.