L'enseignement

 

 

 

L'éducation est considérée par tous les habitants de Figuig comme une priorité. Le taux de scolarisation est particulièrement élevé à Figuig. Plus de 10 % de la population a atteint le niveau de l'enseignement supérieur. Figuig compte aujourd'hui neuf écoles primaires, deux collèges, deux lycées, un centre de qualification professionnelle, spécialisé dans l'électricité et la mécanique et une école de coiffure.
En terme d'enseignement préscolaire, les moyens sont insuffisants ; il n’existe pas de crèches et seulement 24 garderies.
Plusieurs associations locales organisent des cours d’alphabétisation.
Les écoles :
L’école, dans sa forme moderne, existe depuis les débuts du protectorat français. La première a été construite en 1917 à Figuig. Dans les oasis étudiées, quatre écoles ont été construites sous le protectorat dont trois à Figuig et une à Bouanane.
A Figuig, l’école régulière s’ouvre en 1913 avec 40 élèves pour atteindre un effectif de 220 élèves en 1922. Jusqu’alors il n’y avait que des écoles coraniques, les msids. Les filles apparaissent en 1938, deux en effet s’inscrivent à cette date sur un effectif de 240 élèves.
En 1952, Marc BONNEFOUS recense dans l’oasis 1975 enfants scolarisés comme suit:
- 581 dont 1/5 de filles à l’école régulière
- 249 à l’école foraine
- 270 dont 20 filles dans les écoles coraniques
- 875 dont 38% de filles dans les médersas.
En 1946, le droit à l’éducation prend une tournure politique à Figuig avec la création de la première école privée (« école libre») Ennahda au qsar Zenaga [Plusieurs écoles libres se créent à la même période dans l’ensemble du pays (à Salé, au Tafilalet-Errachidia, à Tanger, Fès,…). L’école libre de Salé, Al Azhar, sera (comme quelques autres) un des centres d’où sortiront les plus célèbres nationalistes marocains.] . Une autre est créé la même année, l’école Hassania, au qsar Loudaghir [En 1949/50, la première promotion d’élèves avec le certificat d’études primaires sort de l’école Hassanya. Quelques uns sont allés à Casablanca finir leurs études, d’autres en Egypte ou en Syrie.] Inscrire ses enfants dans ces écoles devient un acte politique contre le protectorat. A l’école Ennahda, en 1947, environ 50 élèves sont inscrits, tous des garçons. En 1951, les filles font leur entrée, l’effectif total est alors de 875 élèves. La construction de ces structures s’est faite par la touiza et l’essentiel des dépenses aussi bien les dépenses courantes que l’achat du matériel scolaire ou le financement du soutien scolaire était financé par l’émigration et la population locale. Aujourd’hui, ces écoles ne sont plus en fonction et abritent des associations.
L’école a encore beaucoup de chemin à faire pour atteindre les populations notamment dans les communes pastorales les plus éloignées d’un centre d’appel. Le problème n’est pas simple à résoudre et ne se réduit pas à un simple manque d’écoles fixes et d’instituteurs motivés:
- le mode de vie non sédentaire et les vastes espaces exploités ne se satisfont pas d’écoles fixes qui ne peuvent être qu’en nombre limité,
- les programmes scolaires véhiculent des valeurs non adaptées à la vie pastorale qui orientent les enfants vers la ville avec une faible chance d’atteindre un niveau de formation qui leur permettra une vie aisée. L’école ne donnant pas d’assurance pour l’avenir, mieux vaut alors compter sur les valeurs traditionnelles et intégrer le plus tôt possible les enfants dans le système de production.
Le quadrillage de l’espace en écoles se fait ainsi:
- les écoles satellites sont liées administrativement à ce qui est appelé un ensemble d’école situé dans une commune,
- elles sont construites le long des routes principales ou des routes secondaires avec dans la plupart des cas un puits à proximité.
Les instituteurs travaillant dans les écoles les plus éloignées doivent habiter sur place ce qui est loin d’être évident dans des espaces frontaliers désertiques.

Commune
Nom de l’Établissement et date de construction
Espace desservi
Figuig
Figuig Ibn Rachik (1917), Ouled Slimane (1946), Beni Darit (1952), Ahmed Bnou Abdou Rabbih (1961), El Fallah (1962), El Mokhtar essoussi (1981), Abdelkafi (1981), El Yarmouk (1982), Ouhoud (1983), El Imam Ali (1988) Qsour de l’oasis
Qsour de l’oasis
Abbou Lakhal
Abbou Lakhal Abbou Lakhal (1974), Lamhirta (1991), Lamlalih (1992), Bourramana (1998), Châfâa (1998) Ecoles satellites situées entre 30 et 80 km Abbou Lakhal Abbou Lakhal (1974), Lamhirta (1991), Lamlalih (1992), Bourramana (1998), Châfâa (1998) Ecoles satellites situées entre 30 et 80 km

Source : délégation provinciale de l’enseignement, Bouarfa

A Figuig, ce taux est de 94% (respectivement 96% et 91.5%).
S’il est possible d’aller à l’école primaire (appelé premier cycle fondamental) dans toutes les oasis étudiées, les difficultés commencent dès le collège (deuxième cycle fondamental). Les enfants de Ain Chair sont alors obligés d’aller à Bouanane, ceux de Ich, à Bouarfa ou Figuig. Evidemment, cela constitue un frein considérable à l’éducation car les alternatives ne sont pas nombreuses: ou bien la famille a les moyens de financer le déplacement de l’enfant, ou bien elle essaye de le confier à un membre de la famille établi dans un des centres ou à l’internat. L’internat existe à Figuig (Association de bienfaisance) et Bouarfa.
Le cas de figure qui se développe de plus en plus est le départ des familles et leur installation dans les centres.
Enfin, les études secondaires posent les mêmes problèmes. Les élèves de Bouanane doivent s’inscrire à Bouarfa pour finir leurs études. Figuig fait figure de privilégiée car elle possède deux lycées El Imam Al Boukhari dans la cité administrative et Prince Moulay Rachid à la cité Baghdad.
Cette organisation du système explique sans doute la forte baisse des effectifs des élèves entre l’école primaire et le lycée. Au niveau provincial, pendant l’année scolaire 2000/01, 15308 élèves sont inscrits à l’école primaire, 4567 élèves au collège et 2117 au lycée[On observe les mêmes rapports au niveau national : en 1998/99, 3 317 000 dans le primaire, 937 000 au collège, 414 000 dans les lycées avec une nette différence entre les milieux urbain et rural. L’observation faite sur les longues distances à parcourir est surtout valable pour le monde rural.]. Pour toutes les autres communes, Bouarfa est la destination obligatoire pour la poursuite d’études, soit dès le collège, soit pour le lycée (Figuig étant trop éloignée). Dans ces conditions, il est possible d’affirmer sans risquer de se tromper que la chute brutale du nombre d’élèves entre les différents stades de l’apprentissage est complètement lié au manque d’infrastructures accessibles.
Enfin, pour les études supérieures, le déplacement vers les capitales régionales est indispensable. De ce point de vue, on note là aussi une disparité entre Figuig, où les jeunes ayant le baccalauréat choisissent majoritairement de suivre des études supérieures, et le reste de la province où la poursuite d’études est fortement limitée faute de ressources disponibles.
Les conditions de vie difficiles des populations restent un frein à l’éducation. Même si quelques uns reçoivent des bourses d’études, très souvent, ils ne les ont pas au moment opportun.
Depuis quelques années, la fondation Mohamed V pour la solidarité distribue, en début d’année scolaire, cartable et fournitures aux plus démunis notamment les enfants des tribus nomades.
Il existe également un type d’aide basé sur le don des plus aisés aux caisses des écoles qui alors peuvent fournir du matériel aux plus nécessiteux.[ A Figuig, la caisse des écoles permet de proposer à l’ensemble des élèves le matériel scolaire demandé (les livres surtout) à des prix réduits et de leur distribuer stylos et cahiers gratuitement. Cette tradition est ancienne puisque c’est par les dons que la première bibliothèque publique de l’oasis de l’époque contemporaine a été créée en 1957, alimentée par les livres des étudiants partis étudier dans les grandes villes du monde arabe (les livres étaient loués au mois au prix de 30 centimes).]
Depuis la fin des années 1980, les écoles privées spécialisées se développent à grande vitesse: de comptabilité, d’informatique, etc...Le plus souvent elles sont conventionnées avec différents ministères. Ce mouvement très développé en ville n’existe qu’à Figuig (une école privée d’informatique) et à Bouarfa (une école d’informatique, de comptabilité et gestion, de secrétariat).